Éphéméride

by Stéphane M.

Je suis inquiet pour la suite des choses.

Avec les réseaux sociaux, les téléphones intelligents, les courriels, les SMS, les LOL, les BRB et LMFAO de ce monde, l’attention des gens se calcule en secondes et l’investissement de soi en minutes. Malheureusement, ça ne s’applique pas seulement à nos façons de communiquer.

L’amour, l’amitié, la famille, les emplois, les valeurs, les convictions, etc…

Tout passe au tordeur de l’attention déficiente et pour la suite des choses, je m’inquiète dans la mesure où éventuellement, il n’y aura plus de temps à couper. Il faudra arrondir ailleurs, au détriment de choses qui comptent vraiment.
C’est mignon un temps s’éparpiller dans ses projets, parler durant un film ou même flirter sans faire suite. Un temps, ça va, mais une vie ? On parle de moins en moins d’un phénomène éphémère mais plutôt d’une réalité grandissante : Les gens ne s’investissent plus au-delà de l’immédiat.

Je-me-moi-tout-de-suite-et-pas-plus-tard !

Ça m’inquiète.

Parce que dans ce vacarme, je suis d’une lenteur revendicatrice. J’observe, j’analyse, je piétine à souhait et je décortique, méticuleusement, toutes ces choses qui pourraient se produire mais qui n’en seront pas. Sans être en marge, je ne suis définitivement pas dans le courant. Quand quelqu’un butine de fleurs en fleurs, j’ai envie de prendre racine. Quand on me répond ‘LOL’ j’ai envie de pondre une lettre bien sonnée. Quand on m’embrasse timidement du bout des lèvres, j’ai envie de tout interrompre pour faire l’amour passionnément.

La vie ne s’arrêtera pas mais qu’est-ce qui nous empêche de prendre le temps ? Prendre de longs moments pour savourer nos envies, cajoler nos instincts et contempler l’essentiel qui nous entoure.

Prendre le temps de temps en temps, est-ce trop demander ?

Si je suis inquiet, c’est aussi parce que je suis impuissant devant tout cela. L’attention déficiente gagne du terrain et se trouve à tous les jours de nouveaux partisans bruyants et manifestement plus imposants que moi.

Je lance souvent à la blague qu’un retour à la terre serait une façon de désamorcer le cercle vicieux des communications en syllabes plutôt qu’en mot. Une partie de moi trouve l’idée charmante mais tout le reste de mon être est victime de son propre malheur. Je tweet, je SMS et je facebook ma vie pour la vivre de moins en moins. Des sentiments et des idées compressés dans d’infimes fenêtres ouvertes sur le monde qui se referment après chaque rafraichissement de pages. Vivre à la seconde près et être en berne le reste du temps.

LOL-JeT’m-like-FML

Par la force des choses, je suis l’artisan de mon inquiétude.

Je m’excuse pour plus tard parce que tu n’a pas le temps d’y penser dans la seconde immédiate.