Une toile contre une vie

Un projectionniste, vautré près de son projecteur, intoxiqué par les pellicules qui émanent, via la chaleur, des toxines imprégnées dans les couleurs et le celluloïd. Solitaire de par la nature de sa tâche, il n’en ressent pas moi le besoin pressant d’être près d’une foule, d’un public, qui se masse sous son cubicule, agglutiné, le regard soutenu vers une toile réceptrice de la vie en images du projectionniste.
Un homme, dans une cage, qui projette une vie lorsqu’il est près des autres.
Un projectionniste, au sens figuré, c’est aussi l’homme au cœur meurtri qui se cache à l’intérieur de lui-même, intoxiqué par les mauvais sentiments qui émanent de son cœur en jachère. Solitaire de par la nature de sa condition, il n’en ressent pas moi le besoin d’être près des autres. Habile, son visage devient la toile qui reçoit les fictions que son cœur lui projette. Une par une, pour le divertissement des gens massés près de sa prison toxique.
Un homme, devenu sa propre cage, qui projette une vie à défaut d’en vivre une.
Un projectionniste, solitaire, parce qu’il ne se sent pas utile autrement.
