Balles Courbes

Catégorie: Fictions

Un prophète

Tout ce que tu vois, dans l’avenir, c’est la fin du monde.

Ce sont les dernières paroles qu’il a entendu avant qu’elle ne quitte sans jamais revenir. Un jeune prophète, troublé, incapable de voir le monde sans considérer sa fin éventuelle. Incapable de voir l’amour sans anticiper sa fin inévitable. Incapable de vivre la vie sans comprendre qu’un jour il sera mort.

Dans ses rêves et ses visions, il n’y a que des cendres, rien que des cendres éparses sur les vestiges d’une existence anonyme, interchangeable. Un prophète, fragile, qui n’a plus la force de regarder au loin parce qu’il a vu, il a compris.

Le passé est immuable et l’avenir inaltérable. Tout ce qui débute prendra fin.

Un prophète au cœur trouble qui, devant la solitude, estompe ses visions du futur et reste immobile. L’espoir n’est plus au rendez-vous alors les mouvements sont facultatifs.

Tout ce que tu vois, dans l’avenir, c’est la fin du monde.

Il aurait aimé lui répondre et la réconforter. Sauf que la fin du monde est une certitude absolue pour le prophète et l’amour, lui, un épisode vers ce futur inaltérable. Il aurait aimé lui répondre et la retenir, vraiment, mais à quoi bon retarder l’inévitable ?

Chapitre 0.01

(Semblant de brouillon de peut-être début de roman. Je ne sais pas trop encore la forme que prendra cette histoire mais elle traîne dans mes trucs depuis trop longtemps déjà alors je l’expose pour en ressortir ses faiblesses et mieux la réécrire.À vos risques et périls…)

- – - – - – - – - – - – - – - – - – - – - -

…. Dring …. Dring …. Dring ….

La sonnerie persistante d’un vieux téléphone à cadran perturbe le sommeil de Nathan et Lisa qui sont étendus, entrelacés, dans un grand lit double posé à même le sol sur un sommier qui a connu de meilleurs jours.

…. Dring …. Dring …. Dring ….

L’écho des cloches de la sonnerie rebondit sur la poutre de métal à proximité et le son, amplifié, dérange visiblement Lisa qui s’agite dans le lit et fini par s’appuyer sur le dos de Nathan. Elle lui dit, irrité :

- Aren’t you picking up the phone ?

- Nah, nobody calls me on this phone. It comes with the rent and I only uses it for deliveries and fill-in forms for giveaways.

- But it’s been ringing a lot since last night, aren’t you wondering ?

- Nah, I’m telling you, everryone I know calls me on my cell.

- Really ?

- Yeah, really…

Lisa se retourne et se redresse pour s’assoir aux cotés de Nathan dans le lit. Dans l’agitation, les couvertures sont tombées au pied du matelas et, remarquant l’absence de rideaux à la fenêtre face à elle, Lisa cache maladroitement sa poitrine dénudée d’une main et elle croise les jambes pour dissimulés sont sexe encore humide de la nuit dernière. Nathan lui ne bronche pas et reprends sa position initial, à plat, le visage enfouie dans son oreiller, les fesses découvertes par l’absence de couverture.

…. Dring …. Dring …. Dring ….

- Just pick it up already or I will.

- Knock yourself out, I’m going in the shower anyway.

- Fine I will.

Lisa se lève, visiblement irritée. Nathan se tourne sur le dos et la regarde s’éloigner du lit vers le téléphone. La vue encore embrouillée par l’éveil approximatif, Nathan ne se rappelle pas avoir déjà vu les fesses de Lisa à la lueur du jour. Comme si l’obscurité ou l’éclairage déficient accompagnait toujours la nudité de sa partenaire du moment. La constatation désole Nathan parce qu’avec la démarche empressée qu’elle emprunte, Lisa ne présente pas un postérieure attirant et l’envie de récidiver la vieille s’estompe peu à peu dans l’esprit de Nathan qui se lasse et puis regarde plutôt en direction de la porte entre-ouverte de la salle de bain.

Lorsqu’elle empoigne le combinée, Nathan se roule hors du lit et se laisse tituber nonchalamment vers la salle de bain.

- Hello… ?

- … … …

- Nathan, I think it is for you but it’s in french, I don’t understand a word.

Nathan s’immobilise dans le cadre de la porte. En se frottant les yeux avec ses paumes, il cherche qui peut bien vouloir lui parler, en français de surcroit, ici à New-York. Il se retourne vers Lisa, l’air perplexe et inquiet. Les hypothèses résonnent dans sa tête et dans les quelques scénarios qu’il esquisse, aucun n’est porteur de bonnes nouvelles. Le français, pour Nathan, est la langue d’une autre vie qui n’a pas sa place ici. Le français, dans cet appartement, c’est la distance et l’oubli.

À proximité de Lisa, Nathan tends la main pour prendre le combiné et laisse entendre un soupir de désapprobation.

- Oui allo, allo !?! Est-ce qu’il y a quelqu’un ? Allo

- Allo…

- Oui, ah, enfin. J’voudrais parler à Nathan s’il-vous-plait. Nathan Guérin.

- Mononcle Luc ?

- Oui Nathan, c’est Luc. Enfin je réussis à t’avoir au téléphone.

- Ouais, je n’utilise pas vraiment ce téléphone là. D’ailleurs, où t’a eu le numéro ?

- C’est celui qu’il y avait dans le carnet d’adresse à ton père.

- Ah ouais, c’est vrai, je lui avais donné quand j’ai emménagé l’année passée.

- Parlant de ton père Nathan, il faudrait que tu reviennes dans le boutte, il lui est arrivé quelque chose.

- Quoi ? Attends une seconde…

Nathan pose sa paume contre le combiné et l’appui contre lui. Il regarde Lisa en haussant les sourcils.

- Liz, it might take a while. Do you mind going downstairs for some breakfast ? I just need to settle this

- Sure, no problem. I’ll be back in a few.

( … )

En raccrochant le combiné, Nathan n’a pas entendu Lisa qui était de retour avec deux sacs de papier brun qu’elle pose sur la table près de lui. Le reste de la conversation avec son oncle Luc est encore flou dans l’esprit de Nathan qui tapote machinalement sur sa cuisse un air qu’il invente à mesure, bondissant, palpité. Lisa s’affère à étaler le contenu des sacs sur la table quand Nathan la remarque finalement et lui frôle une cuisse en se dirigeant vers la salle de bain.

- Everything alright Nathan ?

- Yeah. Yeah … just some family stuff. Start without me, I’m gonna shower first.

- Can I join ?

- Sure, yeah … why not.

Nathan se trouve ridicule d’avoir pris cet appel flambant nu et il se trouve encore plus ridicule d’avoir accepter l’offre de Lisa de le rejoindre sous la douche. L’idée de retourner à La Tuque voir sa famille ne fait aucun sens pour lui. Pas maintenant et pas plus tard non plus.

C’est machinalement qu’il accepte les avances insistantes de Lisa sous la douche, malgré le silence qui trahit ses pensées qui elles sont visiblement ailleurs. Aucun va et vient ne sortira Nathan de sa réflexion qui se voit déjà sur la route, à 16 ans, sa vie entière et à venir dans un sac à dos entre-ouvert sur la banquette arrière du vieux Ford de son père, seule et dernière marque d’encouragement léguée à son fils en guise de cadeau de graduation. Le rythme imposé par Lisa fini par faire dérailler le train de réflexion emprunté par Nathan qui se doit de suivre la cadence en fixant l’eau qui ruisselle contre la chute des reins actifs de Lisa. En temps normal, l’entrain serait au rendez-vous, mais entre les images du passé et celle du présent qui se chamaillent l’attention de Nathan, il n’y a plus de temps pour la participation active. Le bassin bouge, certe, mais la conviction vient plutôt des bouchées doubles de Lisa qui se propulse à l’aide de la céramique froide pour créer un semblant de réaction à l’intérieur de son pubis.

La scène s’étire, sans surprise.

Après quelques minutes à fixer la repousse châtaine plutôt ingrate de Lisa, qui est désormais agenouillée devant lui, Nathan pousse un petit couinement et puis se retire. Satisfait par l’éjaculation timide qu’elle vient de lui arracher de force, en quelque sorte. C’est là que Nathan remarque l’eau de la douche qui commence à tiédir et quelques frissons parcourent son échine, le sortant ainsi de sa petite torpeur momentanée. Un mélange d’angoisses, de nervosités et de changement de température.

- What’s wrong Nate ? You there ?

- Yeah, I’m sorry Liz I’m just, you know… the phone call, family and stuff.

- I tought you’d be happy with me, here and now ?

- I was , I am. But I think you should go.

- What ?

- I have to take care of this, do some phone calls. Don’t worry, I’ll call you back later tonight but it’ll be easier without you around. You know how you distract me. I know you know.

- Yeah, maybe you’re right. Gotta study anyway, might as well do that.

(à suivre…)

Hommage à Queneau, Arc-en-ciel

Petite histoire écrite pour alimenter CE PROJET, en hommage aux Exercises de styles de Raymond Queneau.

À Montréal, station Berri-Uqam, un homme enjambe une flaque tirant sur le  pourpre puis titube, distraitement, à l’intérieur du métro. Insouciant, il retrouve son équilibre, laissant sa cravate indigo se coincée lors de la fermeture des portes. Surpris, il tire sur son embarras jusqu’à ce que ses mains virent au bleu. Vert de honte, il balaie les alentours du regard pour surprendre l’air moqueur d’une jolie jeune fille. Il rit jaune.

Station Sherbrooke, ligne orange, voyant la moquerie qui persiste, l’homme envoi un regard assassin en direction de la jeune fille et devient rouge de colère. Jeune fille ignore, musique aidante.

Deux heures plus tard, l’homme se pose à la bibliothèque et puis plus rien, couleur aléatoire.

Fictions – Brouillons – Tiny bits of storytelling…

J’ai plein de situations en tête mais rien de concret. Mes lectures actuelles sur-stimulent ma plume mais l’action d’écrire ne résulte en rien. Du tout, le vide ou presque. Alors je ponds des parcelles, je me relis, j’en efface des grands bouts et ne reste que les idées. Aussi bien en coucher quelques-unes ici avant de toutes les perdre…

••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••

At first it seemed like a great idea, everyone agreed. It was simple, easy, free. This was going to salvage the world that we knew and by all means, make it all better for a very long time. This plan had no flaws, in theory anyway.

Love and friendship was, for a long time, distant cousins in our inner circle and we should have known why. We should have known before the whole thing blew apart. Before the circle became lines, apart, drifting and never looking back. We should have, we could have but obviously, remember, this plan had no flaws.

Until it was all in motion, leading the way to somewhere we never really wanted to go in the first place.

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.