Balles Courbes

Catégorie: Notes de lecture

Paul au parc

J’ai terminé ma lecture il y a quelques temps déjà mais je me suis offert un certain recul avant de vous parler de l’excellent Paul au parc de Michel Rabagliati. Ce recul, nécessaire, permet d’apprécier encore plus la richesse de la nostalgie que Rabagliati immortalise sur les planches de ce 7e volet des aventures de Paul.

Situé dans la jeunesse genèse de Paul, ce 7e tome flirt avec la naïveté de l’enfance et l’émerveillement des premières fois. Paul découvre la vie et son environnement via le mouvement scoutisme, les déboires du FLQ et ses premières amourettes de jeune homme. Rabagliati articule son récit dans cet espace temps encore non-exploré de la vie de Paul et il touche brillamment la cible en en nous plongeant dans une époque révolue d’un Québec révolutionnaire. Même si le discours politique est secondaire dans Paul au parc, il demeure tout de même la toile de fond qui berce les épisodes et teinte le parcours de Paul qui se rapprochera un peu plus de l’âge adulte via les drames et les déceptions qu’il vivra dans ce volume. Sans vendre la mèche, les sentiments sont raffinés dans ce volume et ils offrent l’une des plus touchantes démonstrations de Rabagliati à ce jour.

Le succès de Rabagliati lui offre un rayonnement hors du commun pour un bédéiste québécois et souligner son brio ne sera jamais une accolade dans le vide. Son travail méticuleux et passionné mérite d’être saluer et la qualité est toujours au rendez-vous lorsque que l’on craque pour la première fois les pages d’un nouveau Paul. Gâtez-vous ce plaisir pour les fêtes, le petit voyage nostalgique est franchement le bienvenue et nous rapproche de ces choses simples qui nous ont guidé vers les adultes que nous sommes aujourd’hui.

Dans la foulée, relire les six autres volumes de Paul est toujours un plaisir assumé. Profitons-en, c’est bien de chez nous et dans le carcan conservateur qui titille les francophones de plus en plus, ça fait toujours du bien de se tourner vers notre bagage culturelle pour se retrouver en tant qu’individu au sein d’une collectivité riche et surtout enrichissante. Paul est un québécois jusqu’au bout des doigts, ne l’oublions jamais.

Mon amoureux est une maison d’automne

couverture

La vie qui se poursuit suivant le deuil qui s’impose.

Mara Tremblay couche sur le papier un premier roman qui transpire l’urgence de vivre après la perte d’un être aimé. Fiction teinté de réel, elle nous transporte dans un univers épisodique qui caresse la nostalgie comme une amante traite son objet de désir pour réchauffer l’hiver.

D’un épisode à l’autre, on bascule entre le passé et le présent pour obtenir une vue d’ensemble très riche d’une femme au cœur trouble qui n’a pas toujours la raison de suivre ce que le monde lui suggère. En jonglant avec des sujets délicats comme la mort, la dépression et la bipolarité, Tremblay mets à plats les problèmes qu’elle semble connaître et n’offre pas de réelle piste de solution sinon que celle qui encourage la compréhension des idées embrouillées.

C’est d’ailleurs la force de cette mosaïque automnale. On ne juge rien et il n’y a pas d’échelle de valeurs. La personnalité complexe en deux temps est bien présente et elle se vit comme elle se comprend : Du mieux que l’on peut. En choisissant une exposition franche et riche de contradictions, on devient sensible à cette détresse et forcément la réflexion se tourne vers notre propre tendance à vivre l’amour et les saisons de la vie parmi les autres.

L’amour de ses enfants, l’amour de ses parents, l’amour des ses amants…

Les spectres de l’amour se ressemblent sans être tout à fait identiques. Il y a des associations à faire mais au final, la vie étalée par Mara Tremblay n’est pas la nôtre mais c’est tout comme. Un cœur brisé, une caresse d’enfants, la mort d’un parent ; le livre de ma vie compte toutes ces pages même si les mots sont différents.

Une confortable différence, c’est ainsi que j’apprécie Mara Tremblay et son premier roman. Un amour à distance ; la vie comme feuilleter l’album photo d’un étranger et ce surprendre à pleurer devant l’histoire qu’il contient.
Se surprendre et se permettre de pleurer.

Disponible en librairie
- Voir sur le site de 400 coups

Solstice d’été

21 Juin, solstice d’été 2011…

Sentez-vous du changement ?

Pour plusieurs, l’été c’est l’espoir, la fin d’un passage à vide. L’été, c’est les vacances, le bonheur, la récompense pour une année de labeur. Pour plusieurs, d’une certaine façon, l’été c’est la vie.

Immanquablement, je ne suis pas inclus dans le lot. L’été ce n’est pas l’espoir entre mes deux oreilles et les vacances ne récompensent rien sinon le fait que j’endure le vide de mon emploi et l’affaissement progressif que je m’inflige. Ma récompense c’est d’être encore sain d’esprit, été comme hiver.

Alors pour m’éviter la déprime je cherche la production de sens dans les mots des autres à défaut d’en produire qui me suffisent. Aujourd’hui, donc, on célèbre l’été avec William Blake, pour le meilleur et pour le pire.

The Fly
William Blake

Little fly,
Thy summer’s play
My thoughtless hand
Has brushed away.

Am not I
A fly like thee?
Or art not thou
A man like me?

For I dance
And drink and sing,
Till some blind hand
Shall brush my wing.

If thought is life
And strength and breath,
And the want
Of thought is death,

Then am I
A happy fly,
If I live,
Or if I die.

Play Their Hearts Out

Play their hearts out de George Dorhmann (journaliste au Sports Illustrated)
2010, 422 pages // Lien Amazon.ca

Moi et les récits sportifs c’est une longue histoire d’amour. C’est assez commun pour un homme de ma génération, sans doute, mais n’empêche qu’un récit qui gravite autour d’une quête sportive vient toujours (ou à peu près) me chercher. C’est donc sans grande surprise que Play Their Hearts Out m’a captivé dès les premières pages.

La surprise réside plutôt au niveau de la qualité de l’ouvrage qui, dans quelques années, pourra être considéré comme le Hoop Dreams de la littérature sportive. Je vous explique :

George Dorhamm a suivi pendant près de dix ans les activités d’un entraîneur / entrepreneur (Joe Keller) qui se spécialise dans le recrutement de jeunes espoirs entre 9 et 11 ans qui aspirent à devenir des joueurs de basket-ball professionnels. En gravitant autour de Keller et de ses joueurs, Dorhamm nous révèle progressivement un univers plutôt instable dans lequel les mensonges et la manipulation sont au centre d’une économie qui exploite au maximum le rêve que ces jeunes poursuivent. D’une page à l’autre, le récit s’éloigne du plancher de bois francs pour s’articuler autour des déceptions des jeunes qui deviennent des adultes sans avoir eu le luxe d’être des enfants naïfs, insouciants.

Le livre identifie rapidement l’entraîneur Keller comme un homme d’affaires plus qu’un homme de sports. Keller, dans sa maladresse, voit une fortune facile dans l’avenir de ces jeunes et ils se désintéressent rapidement d’eux quand il voit le potentiel s’estomper.

Ce qui marque de ce livre, c’est clairement le jeune âge des joueurs qui sont déjà bien engagés dans la machine puissante du recrutement professionnel. À 9 ans, des jeunes hommes se font promettre la lune et une prodigieuse carrière à grand coup de commandites et de chaussures gratuites. Des hommes comme Keller gravitent autour de ces jeunes et leur pavent une avenue dorée vers une richesse future. À 9 ans, la décision future est souvent accessoire et les jeunes se retrouvent à jouer un jeu duquel le plaisir à été complètement évacué.

Je me rappelle moi-même à cet âge et l’avenir n’était qu’une succession d’activités. Entre les GI Joe et les LEGO, mon monde carburait à l’immédiat et l’âge adulte semblait être un rêve distant. Si on m’avait promis la lune à neuf ans, j’aurais probablement perdue la tête. Un peu comme ces jeunes.

La beauté de ce livre c’est la plume de Dorhamm qui n’appuie pas sur les protagonistes pour influencer notre jugement. Plusieurs actions sont répréhensibles, surtout de la part des parents et des adultes autour de ces jeunes, mais Dorhamm garde une distance et nous offre une vue d’ensemble de cette grosse machine sportive qui, elle-même, est hautement répréhensible.

Au final, c’est un livre qui offre une perspective troublante des sports professionnels. Si Hoop Dreams nous a fait vivre une gamme de sentiments en suivant le parcours de deux jeunes hommes ambitieux, Play Their Hearts Out approfondie dans la même veine en incluant toute l’organisation autour de ces rêves de devenir, un jour, un joueur professionnel. La dichotomie entre le jeu et la profession crée, à l’intérieur d’une jaquette, l’essence même d’un rêve américain qui laisse beaucoup de victimes dans sa poursuite souvent aveugle.

 

 

Jellyfist

JELLYFIST
Jhonen Vasquez (texte) & Jennifer Goldberg (illustrations)
SLG Publishing

Être productif, parfois, ça paye.

En classant des boîtes qui s’empilait dans l’appartement depuis notre emménagement en Août dernier, j’ai retrouvé un petit bijou qui m’avait fait rire à en pleurer il y a quelques années alors je le partage ici.

JELLYFIST c’est un projet méthodiquement improvisé par Jhonen Vasquez (Johnny the Homicidal Maniac, Invader Zim) et l’illustratrice Jennifer Goldberg. On parle ici d’un tout petit bouquin, une véritable lecture de voyage au format carte postale avec une trentaine de pages, tout au plus. Mais le menu format, dans ce cas-ci, n’est qu’un prétexte à remplir chaque pouces carrés d’informations, d’anecdotes et d’illustrations.

Le bouquin est une collection de petites histoires, deux pages maximum, un peu à la manière des ‘strips‘ présents dans les quotidiens depuis des lustres. Une formule éprouvée, durable et surtout, appréciée. Ce n’est donc pas ici que Jellyfist tire son épingle du jeu, c’est plutôt dans le contenu très abrasif et le trait singulier du dessin de Goldberg.

Voici un exemple

On capitalise à fond sur l’humour cynique limite sadique et, dans le genre, Vasquez ne donne pas sa place. Son sens du punch est éprouvé et malgré l’univers très hostile qu’il nous présente, on s’attache très rapidement à ses personnages complètement délurés.

Aussi, pour enrichir la lecture, les deux artisans tiennent en marge de chaque page une trame de commentaires à propos du livre, des histoires et de la confection de celles-ci. Du bonbon qui ne va pas sans rappeler les trames de commentaires présents sur tous les DVDs que nous achetons depuis plusieurs années déjà. Les deux artistes graphiques se gâtent avec le concept du commentaire en se renvoyant la balle et chaque page devient une longue contemplation dans le quotidien créatif d’un drôle de duo.

À lire si vous le trouvez. Perso, j’ai mis la main sur ma copie lors d’un Comic-Con aux États-Unis sur une table à 5$. Un achat basé simplement sur la reconnaissance du nom de Vasquez et, croyez moi, je n’ai jamais regretté ce cinq dollars.

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